# Peut-on coller du carrelage au MAP ?

Le mortier adhésif pour plaques de plâtre, communément appelé MAP, suscite régulièrement des interrogations chez les bricoleurs et même certains professionnels du bâtiment. Face à un pot de MAP et des carreaux à poser, la question se pose naturellement : peut-on utiliser ce produit économique et facilement disponible pour coller du carrelage ? Cette interrogation légitime mérite une analyse technique approfondie, car les conséquences d’un mauvais choix de colle peuvent s’avérer désastreuses pour la durabilité et la sécurité d’un revêtement céramique. La tentation est compréhensible : le MAP offre une prise rapide, une facilité d’application et un coût modéré. Pourtant, l’utilisation d’un produit en dehors de son domaine d’application normalisé expose à des risques importants de pathologies structurelles.

Composition chimique du mortier-colle MAP et ses propriétés d’adhérence

Le mortier adhésif pour plaques de plâtre repose sur une formulation spécifiquement conçue pour l’assemblage d’éléments en plâtre. Sa composition chimique diffère fondamentalement de celle des mortiers-colles certifiés pour le carrelage, une distinction essentielle pour comprendre ses limites d’utilisation. Le MAP se compose principalement de plâtre alpha hémihydrate, un liant hydraulique à prise rapide qui développe ses propriétés mécaniques en moins de 30 minutes. Cette cinétique accélérée constitue simultanément un avantage pour certaines applications et une contrainte majeure pour d’autres.

Analyse des composants du mortier adhésif plâtre MAP formula

La formulation du MAP intègre généralement 85 à 90% de plâtre hémihydrate de haute qualité, caractérisé par une granulométrie fine inférieure à 200 microns. Ce liant hydraulique, obtenu par calcination contrôlée du gypse à 160°C, présente une grande réactivité au contact de l’eau. Les 10 à 15% restants comprennent des adjuvants spécifiques : des retardateurs de prise à base d’acides organiques, des agents moussants pour alléger la masse volumique, et parfois des charges minérales comme la perlite expansée pour améliorer la maniabilité. Contrairement aux mortiers-colles céramiques, le MAP ne contient généralement pas de polymères redispersables, ces résines synthétiques essentielles pour conférer la flexibilité et la résistance à l’eau nécessaires aux applications carrelage.

L’absence de ces polymères constitue une différence fondamentale qui impacte directement les performances en milieu humide. Les mortiers-colles professionnels incorporent 3 à 5% de latex synthétique qui forme un réseau élastomère après séchage, garantissant une adhérence durable même sous contrainte hydrique. Le MAP, dépourvu de ces composants, conserve une structure cristalline rigide sensible aux variations d’humidité. Cette caractéristique intrinsèque explique pourquoi ce produit excelle dans son domaine d’application originel — l’assemblage de plaques de plâtre — mais s’avère inadapté pour des usages soumis à l’eau.

Coefficient d’adhérence du MAP comparé aux colles carrelage weber ou semin

Les tests d’adhérence réalisés en laboratoire révèlent des écarts significatifs entre le MAP et les mortiers-colles certifiés. Sur un support en plaques de plâtre parfaitement sec, le MAP développe une résistance à l’arrachement de 0,3 à 0,4 N/mm² après 7 jours de cure. Cette val

eur reste nettement inférieur aux exigences minimales des colles carrelage classées C1 ou C2, qui atteignent couramment 0,8 à 1,2 N/mm² à 28 jours. Des produits comme Weber.col Flex, Semin Colle carrelage ou ParexLanko 5025 affichent, eux, des performances testées et certifiées selon la norme EN 12004. En conditions réelles, cela signifie qu’un carrelage collé au MAP sur un support plâtre peut tenir dans un premier temps, mais il sera beaucoup plus sensible aux chocs, aux vibrations et aux mouvements différentiels du support. Sur des supports moins compatibles (béton, ancien carrelage, support peint), l’adhérence chute encore drastiquement, rendant cette solution très aléatoire dans le temps.

Cette différence de coefficient d’adhérence se traduit concrètement par un risque accru de décollement partiel (carrelage qui sonne creux) puis total. Là où une colle carrelage Weber ou Semin est conçue pour encaisser des efforts de cisaillement, de traction et de compression sans rupture, le MAP atteint très vite ses limites mécaniques. On comprend ainsi pourquoi les fabricants ne le recommandent jamais comme colle à carrelage, même pour une crédence légère ou un carrelage mural apparemment peu sollicité.

Résistance mécanique et temps de prise du MAP en support carrelage

La résistance mécanique du MAP est parfaitement adaptée à la fixation de plaques de plâtre, mais pas à la reprise des charges concentrées générées par un revêtement céramique. En traction et cisaillement, les valeurs mesurées restent modestes, avec une résistance moyenne comprise entre 1 et 2 MPa, quand une colle carrelage C2 peut dépasser 2,5 à 3 MPa. De plus, cette résistance est fortement conditionnée par la stabilité hydrique du matériau : dès que l’humidité varie, la microstructure à base de cristaux de gypse se fragilise.

Le temps de prise constitue un autre point clé dans l’utilisation éventuelle du MAP sous carrelage. Sa prise est rapide : le début de durcissement intervient dès 20 à 30 minutes, avec un temps d’ouverture très réduit. Pour la pose de carrelage, cette cinétique est un handicap, car vous disposez de peu de temps pour ajuster vos carreaux, corriger les niveaux et assurer un bon double encollage. À l’inverse, les mortiers-colles à carrelage sont conçus pour offrir une mise en œuvre souple, avec un temps ouvert de 20 à 30 minutes et un temps d’ajustabilité suffisant pour travailler proprement sur de grandes surfaces.

Imaginez devoir poser un grand format 60×60 sur un mur légèrement irrégulier : avec une colle carrelage déformable, vous pouvez encore corriger l’alignement quelques minutes après la pose. Avec du MAP, une fois la prise engagée, tout réajustement devient risqué, et les contraintes internes générées par un repositionnement tardif créent des zones de fragilité propices au décollement ultérieur. C’est un peu comme essayer de redresser une pièce de Lego une fois que la colle cyanoacrylate a pris : ça tient… jusqu’au moment où ça casse net.

Porosité et absorption d’eau du mortier adhésif plâtre

Par nature, un mortier adhésif à base de plâtre comme le MAP est un matériau poreux et relativement absorbant. Sa structure interne est constituée d’un réseau de cristaux de sulfate de calcium dihydraté, séparés par des pores capillaires qui laissent circuler l’eau. Cette porosité ouverte est intéressante pour la respiration des cloisons et la régulation hygrothermique, mais elle devient problématique lorsque l’on parle d’étanchéité et de tenue à l’eau sous un carrelage.

À chaque épisode d’humidification (projection d’eau, condensation, remontées d’humidité dans le mur) suivi d’un séchage, le MAP subit des cycles de gonflement et de retrait. À long terme, ces variations dimensionnelles altèrent la cohésion interne du mortier et affaiblissent l’adhérence au dos des carreaux. À l’inverse, une colle carrelage ciment polymérisée forme une matrice beaucoup plus stable, peu sensible à ces cycles hydriques. On comprend alors pourquoi les fabricants et les DTU proscrivent l’emploi du plâtre comme colle sous carrelage, notamment dans les pièces humides.

En pratique, cette forte absorption d’eau du MAP peut aussi provoquer un dessèchement trop rapide des joints ou d’un enduit de ragréage adjacent, avec apparition de microfissures. Dans une salle de bains ou une cuisine, où la vapeur et les projections d’eau sont fréquentes, cette faiblesse structurelle finit par se traduire par des carreaux qui bougent, des joints qui se fissurent ou se noircissent et, dans les cas extrêmes, par un décollement en nappe du revêtement.

Contraintes techniques et limitations du MAP comme colle à carrelage

Au-delà de sa composition intrinsèque, l’utilisation du MAP comme colle à carrelage se heurte à un ensemble de contraintes normatives et techniques. En clair, ce n’est pas seulement une question de « ça tient ou pas », mais de conformité aux règles de l’art, de sécurité et de durabilité. Dans un contexte professionnel ou même pour une rénovation sérieuse à long terme, ces exigences ne peuvent pas être ignorées. Le MAP pour carrelage reste un détournement d’usage, qui n’est couvert ni par les normes françaises ni par les avis techniques des fabricants.

Norme DTU 52.2 et réglementation sur les mortiers-colles céramiques

Le Document Technique Unifié DTU 52.2 encadre la pose collée de revêtements céramiques et pierres naturelles. Il définit précisément les types de mortiers-colles autorisés, leurs performances minimales et les conditions de mise en œuvre. En particulier, il renvoie à la norme européenne EN 12004, qui classe les colles carrelage en catégories C1, C2, avec des options F (prise rapide), T (anti-glissement), E (temps ouvert allongé), S1/S2 (déformabilité). Or, le MAP ne rentre dans aucune de ces catégories : il n’est ni testé, ni qualifié comme mortier-colle céramique.

Utiliser du MAP pour coller du carrelage revient donc à sortir du cadre normatif. En cas de sinistre (dégâts des eaux, chute de carrelage, accident corporel), la responsabilité de l’applicateur peut être engagée, et les assurances sont fondées à refuser la prise en charge si les DTU n’ont pas été respectés. À l’inverse, une colle carrelage Weber, Mapei ou Parex Lanko bénéficie d’une documentation technique complète (FDS, FDES, fiche produit, PV d’essais) qui atteste de sa conformité à la réglementation en vigueur. Pour un chantier pro, mais aussi pour un particulier soucieux de faire les choses « dans les règles », cet aspect n’est pas anodin.

Cela ne signifie pas que chaque carreau collé au MAP se décollera systématiquement, mais que la pose n’est tout simplement pas reconnue comme conforme aux règles de l’art. C’est un peu comme rouler sans contrôle technique : la voiture peut rouler, mais en cas de problème, tout se retourne contre vous. À l’échelle d’un chantier, cette prise de risque n’est généralement pas acceptable, surtout dans des zones soumises à des contraintes importantes comme une douche, une cuisine professionnelle ou un sol chauffant.

Problématique de décollement et fissuration sous contrainte hydrique

La contrainte hydrique est l’un des principaux facteurs de pathologie des carrelages collés au MAP. L’eau, sous forme liquide ou vapeur, s’infiltre dans les moindres interstices : joints microfissurés, points singuliers mal traités, raccords avec baignoire ou bac de douche, etc. Une fois dans l’épaisseur du MAP, cette humidité perturbe l’équilibre cristallin du plâtre, provoquant un ramollissement localisé puis une perte d’adhérence. Vous avez déjà vu un carton qui se gorge d’eau puis se désagrège ? La logique est similaire, même si les temps sont plus longs.

Sur un mur de salle de bains, cette évolution se traduit souvent par un carrelage qui sonne creux, puis qui se décolle par plaques, parfois plusieurs années après la pose. Les microfissures au niveau des joints, d’abord purement esthétiques, deviennent des portes d’entrée pour l’eau et accélèrent le processus. Sur un sol, surtout si l’on combine trafic, chocs et humidité, le phénomène est encore plus rapide. Les carreaux peuvent se fissurer, basculer légèrement sous le poids du passage, ou se désolidariser totalement du support. Tout cela s’accorde mal avec l’idée d’un revêtement « durable » censé tenir 20 à 30 ans.

Là où une colle carrelage ciment polymérisée oppose une barrière bien plus résistante à ces contraintes hydriques, le MAP se comporte comme une éponge structurée : il absorbe, gonfle, se rétracte, puis finit par se déliter à l’interface. C’est précisément pour éviter ces pathologies que les DTU interdisent l’utilisation de produits à base de plâtre dans l’épaisseur d’un complexe collé en milieu humide, hors systèmes spécifiquement validés (plâtres hydrofuges, complexes sous Avis Technique).

Incompatibilité du MAP avec les zones humides et salles de bains

Les pièces humides, au sens des DTU (salles de bains, douches, cuisines, buanderies, locaux collectifs humides), imposent des contraintes renforcées sur les systèmes de collage. Non seulement la colle doit assurer une forte adhérence, mais elle doit aussi résister à l’eau stagnante, aux projections répétées, à la vapeur et parfois à des produits d’entretien agressifs. Dans ce contexte, le MAP est clairement inadapté : il n’est ni hydrofuge, ni classé pour une exposition directe à l’eau.

Dans une douche, coller du carrelage au MAP sur plaque de plâtre revient à multiplier les sources de faiblesse : support en plâtre sensible à l’eau, colle en plâtre tout aussi sensible, joints parfois peu entretenus… Un simple défaut d’étanchéité (absence de SPEC, de natte d’étanchéité ou de système type Wedi) suffit alors à initier un cycle de dégradation rapide. À l’inverse, un système conforme associe généralement un support adapté (BA13 hydrofuge, panneau à carreler, béton), une étanchéité sous carrelage et un mortier-colle C2S1 ou C2S2 spécialisé pour milieu humide.

On pourrait considérer l’usage du MAP pour de petites retouches hors zone de projection d’eau directe, par exemple pour recoller ponctuellement un carreau décoratif sur un mur sec. Mais dès que l’on parle de faïence de douche, de crédence exposée, de tour de baignoire ou de sol de pièce d’eau, le message est clair : le MAP n’est pas une colle carrelage autorisée. Même pour un bricoleur averti, la faible économie réalisée ne compense pas le risque de devoir tout refaire quelques années plus tard.

Absence de classement CSTB pour le mortier adhésif plâtre en carrelage

Un autre indicateur important de la pertinence d’un produit pour la pose de carrelage est la présence (ou non) d’un Avis Technique ou d’une certification délivrée par le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment). Les colles carrelage reconnues sur le marché français bénéficient généralement d’un classement et de rapports d’essais documentés, qui attestent de leurs performances sur différents types de supports. En revanche, le mortier adhésif plâtre MAP n’est jamais présenté par les fabricants comme un produit destiné à coller du carrelage.

Autrement dit, il n’existe pas de système validé « MAP + carrelage » dans les bases de données du CSTB ou dans les documents techniques des industriels. Lorsque vous utilisez du MAP pour cette application, vous agissez donc en dehors de tout cadre validé et prenez seul la responsabilité de la tenue du système. Si, au contraire, vous utilisez un mortier-colle C2S1 de grande marque, vous vous appuyez sur une chaîne de responsabilité partagée (fabricant, applicateur, prescripteur), protégée par des preuves de performance et des essais normalisés.

Pour un professionnel, cette absence de classement est rédhibitoire. Pour un particulier, elle devrait au minimum alerter : si aucun industriel ne propose officiellement « colle carrelage au plâtre », ce n’est pas par hasard. C’est le signe que, malgré quelques retours empiriques parfois positifs sur des forums, le bilan technique global reste défavorable. Mieux vaut donc réserver le MAP à ce qu’il sait faire : coller du placo, traiter des rebouchages ou réaliser des scellements légers.

Alternatives professionnelles aux mortiers-colles certifiés pour carrelage

Face aux limites du MAP pour le carrelage, quelles sont les vraies solutions professionnelles pour coller durablement un revêtement céramique ? La bonne nouvelle, c’est qu’il existe une large gamme de mortiers-colles adaptés à presque tous les cas de figure : supports neufs ou anciens, pièces humides, planchers chauffants, terrasses, grands formats, etc. En choisissant un mortier-colle carrelage adapté et en respectant les préconisations du fabricant, vous sécurisez votre chantier et prolongez considérablement la durée de vie de votre carrelage.

Mortiers-colles C1 et C2 weber flex, mapei keraflex ou parex lanko

Les mortiers-colles classés C1 constituent l’entrée de gamme professionnelle pour la pose de carrelage sur supports stables en intérieur sec (murs en maçonnerie, chapes ciment, enduits traditionnels). Ils offrent une adhérence conforme au minimum réglementaire, suffisante pour des faïences murales ou des petits formats peu sollicités. Cependant, dans la pratique, la plupart des artisans se tournent désormais vers des colles C2, dites « à performances améliorées », plus polyvalentes et plus sécurisantes.

Des gammes comme Weber.col Flex, Mapei Keraflex ou les mortiers Parex Lanko (5025, 5026, 580 Prolixo, etc.) combinent une excellente adhérence, une bonne déformabilité et une résistance accrue à l’eau et au gel. Ils sont formulés avec des polymères redispersables qui, une fois hydratés puis séchés, forment une matrice souple et résistante entre le support et le carreau. Vous pouvez ainsi les utiliser aussi bien pour une crédence de cuisine que pour un sol chauffant basse température, une terrasse ou une douche italienne (dans le cadre d’un système complet).

Le choix entre un mortier-colle C1 ou C2 dépendra du support, de la destination et du format des carreaux. Pour un simple carrelage mural sur BA13 dans une chambre, un C1 amélioré peut suffire. Pour une salle de bains, un grand format ou un sol soumis à des contraintes mécaniques importantes, un C2TE S1 sera nettement plus adapté. Dans tous les cas, ces produits restent simples à mettre en œuvre, avec une consistance proche de celle du MAP, mais avec des performances mécaniques et hydriques sans commune mesure.

Colles bi-composants époxy pour carrelage en milieu extrême

Pour les environnements les plus exigeants (piscines, cuisines industrielles, laboratoires, douches collectives, locaux soumis à des agents chimiques), les colles bi-composants à base de résine époxy représentent la solution de référence. Elles se présentent sous forme de deux composants à mélanger juste avant emploi : une résine et un durcisseur. Une fois polymérisée, la colle époxy forme un film pratiquement imperméable, extrêmement résistant aux agents chimiques, aux graisses et aux nettoyants agressifs.

Ces systèmes sont nettement plus techniques et contraignants à appliquer que les mortiers-colles ciment classiques : temps de travail limité, nettoyage des outils plus délicat, prix au kilo plus élevé. Mais lorsque l’on compare leurs performances à celles d’un MAP « détourné » de son usage, le fossé est immense. Utiliser une colle époxy pour un carrelage de piscine, par exemple, c’est un peu comme choisir un harnais d’escalade certifié plutôt qu’une simple corde de bricolage pour se suspendre : on sait que le matériel a été conçu et testé pour ce type de contrainte.

Pour un particulier, ces colles bi-composants ne sont pas nécessaires dans la plupart des cas courants (salle de bains domestique, cuisine, sol intérieur). Mais elles illustrent bien la logique globale de la filière : pour chaque contexte d’usage, il existe un produit dédié, avec un domaine d’emploi clairement défini. Le MAP, lui, reste cantonné à la plaque de plâtre et ne franchit jamais cette barrière vers les environnements extrêmes.

Mortiers-colles déformables S1 et S2 pour supports instables

Les mortiers-colles déformables classés S1 ou S2 apportent une réponse spécifique aux supports soumis à des mouvements différentiels : planchers chauffants, dalles bois, anciens carrelages, chapes anhydrites, façades, etc. Leur formulation enrichie en polymères leur confère une capacité d’allongement contrôlée, mesurée en millimètres par mètre sans rupture d’adhérence. Un mortier S1 peut ainsi encaisser des déformations modérées, tandis qu’un S2 est prévu pour des mouvements importants.

Imaginez un plancher bois légèrement souple ou une dalle chauffante qui se dilate et se rétracte à chaque cycle de chauffe : si la colle est trop rigide, elle fissure et décroche. Si elle est déformable, elle accompagne ces mouvements sans rupture. C’est précisément là que les mortiers-colles S1/S2 prennent tout leur sens, alors que le MAP, à structure cristalline cassante, ne supporte pas ces variations dimensionnelles. Il réagit comme un verre trop tendu : il se fissure plutôt que de plier.

Dans un projet de rénovation, recoller un carrelage sur ancien carrelage ou sur un support un peu douteux impose presque systématiquement de choisir un mortier-colle déformable C2S1 au minimum. L’idée est de limiter la transmission des contraintes du support vers le revêtement céramique. Là encore, le MAP est hors-jeu : il ne propose aucune classe S1 ou S2, n’a pas été testé dans ce type de configuration et ne bénéficie d’aucune reconnaissance réglementaire dans ce domaine.

Protocoles de préparation du support avant encollage carrelage

Que l’on utilise un mortier-colle C2 ou, a fortiori, que l’on envisage malgré tout de coller quelques carreaux au MAP, une règle reste intangible : la qualité de la préparation du support conditionne directement la durabilité du carrelage. Un très bon produit appliqué sur un support mal préparé donnera de mauvais résultats, alors qu’une colle « simple » sur un support parfaitement préparé peut tenir des années. C’est pourquoi les DTU insistent autant sur le diagnostic préalable du support, notamment lorsqu’il s’agit de plâtre ou de plaques de plâtre type BA13.

Diagnostic et traitement des supports plâtre ou plaques BA13

Avant toute pose de carrelage, il est indispensable d’évaluer la nature, la dureté, la planéité et l’humidité du support. Sur un mur en plâtre ou en plaques de plâtre (BA13, BA10, carreaux de plâtre), on vérifie d’abord la cohésion en surface : un simple grattage au couteau ou un test au ruban adhésif permet de repérer les zones farineuses ou mal adhérentes. Si le plâtre se délite facilement, une reprise de fond (enduit, rebouchage, éventuellement doublage) s’impose avant d’envisager la pose de carrelage.

L’humidité du support est un autre point clé. Un plâtre humide ou taché doit être assaini avant toute intervention, faute de quoi l’humidité risquerait de migrer vers le mortier-colle, qu’il s’agisse de MAP ou de colle carrelage ciment. Dans une salle de bains, l’usage de plaques hydrofuges (BA13 H, Placomarine, Siniat Hydro) est fortement recommandé, couplé à un système d’étanchéité sous carrelage (SPEC, natte, panneau à carreler). C’est seulement sur un support ainsi préparé, sain, sec et cohésif, que l’on pourra garantir une bonne tenue du revêtement.

Enfin, le diagnostic inclut la vérification de la planéité et de la rigidité du support. Une cloison en BA13 très souple ou mal fixée vibrera au moindre choc, ce qui sollicitera fortement le collage des carreaux. Dans ce cas, un renforcement de l’ossature (rajout de montants, vis supplémentaires, double peau) sera plus pertinent qu’un surdosage de mortier-colle. Vous l’aurez compris : on ne compense pas un mauvais support par une « grosse » couche de colle.

Application d’un primaire d’accrochage placo ou siniat

Sur supports plâtre et plaques de plâtre, l’application d’un primaire d’accrochage spécifique (type Placo Prim, Siniat Prim, ou équivalent universel pour supports poreux) est souvent une étape indispensable. Ce primaire a deux fonctions principales : homogénéiser l’absorption du support et améliorer l’adhérence du mortier-colle. Sans primaire, la colle peut sécher trop vite au contact d’un plâtre très absorbant, entraînant une perte d’adhérence et un « décollement » précoce.

Concrètement, le primaire s’applique au rouleau ou à la brosse, en couche régulière, sur un support dépoussiéré et propre. On respecte scrupuleusement les temps de séchage indiqués par le fabricant, généralement de quelques heures à une nuit complète. Cette étape, souvent jugée fastidieuse par les bricoleurs pressés, est pourtant l’une des plus rentables en termes de durabilité du carrelage. C’est un peu comme appliquer une sous-couche avant de peindre : ce n’est pas la partie la plus « visible », mais c’est elle qui fait tenir l’ensemble.

Sur un chantier où l’on hésite à coller du placo au MAP sur un ancien carrelage, ou à coller directement du carrelage sur un BA13 existant, le primaire joue aussi un rôle de pont d’adhérence entre deux matériaux aux propriétés différentes. Dans tous les cas, il conviendra de choisir un primaire compatible avec le mortier-colle utilisé, en se référant aux fiches techniques Placo, Siniat ou du fabricant de la colle.

Contrôle de planéité selon tolérances DTU 52.1

Le DTU 52.1, qui traite notamment des chapes et dalles à base de liants hydrauliques, fixe des tolérances de planéité qui servent aussi de référence pour la pose de carrelage. Sur un mur ou un sol destinés à recevoir un revêtement céramique, l’écart sous une règle de 2 m ne doit généralement pas dépasser 5 mm (voire 3 mm pour les grands formats). En pratique, cela signifie qu’un support très ondulé devra être repris avant encollage, par un enduit de redressage ou un ragréage adapté.

Ce contrôle de planéité est crucial car il conditionne l’épaisseur de colle à mettre en œuvre. Avec un mortier-colle carrelage, on recommande de rester dans une plage de 3 à 10 mm d’épaisseur en fonction des produits, sans jamais transformer la colle en « ragréage ». Avec du MAP, cette limitation est encore plus forte : au-delà de 2 à 3 cm d’épaisseur ponctuelle, le mortier adhésif plâtre a tendance à se rétracter, à fissurer et à perdre en cohésion. On comprend alors qu’utiliser le MAP pour rattraper un mur très tordu, puis coller du carrelage dessus, cumule les risques.

Sur un support en plaques de plâtre neuves, le contrôle se fait à la règle et au niveau : si les écarts dépassent les tolérances, on corrige avec un enduit adapté ou on revoit la structure de l’ossature. Ne pas respecter ces étapes, c’est accepter d’emblée des carreaux désalignés, des joints irréguliers et des surépaisseurs de colle difficiles à gérer. Que l’on choisisse ensuite MAP (déconseillé) ou colle carrelage, le problème aura été pris à l’envers.

Mise en œuvre technique de la pose de carrelage mural

Une fois le support préparé, primarisé et contrôlé, la pose du carrelage mural peut commencer. D’un point de vue purement gestuel, la mise en œuvre au mortier-colle ciment et au MAP présente des similitudes : gâchage, encollage, pose des carreaux, calage, jointoiement. La différence majeure, comme nous l’avons vu, se situe dans les performances mécaniques et hydriques du produit, ainsi que dans sa conformité aux normes. Pour une pose durable, on privilégiera donc systématiquement un mortier-colle carrelage adapté.

On commence par tracer des repères horizontaux et verticaux, en tenant compte du calepinage, des hauteurs de plans de travail, des alaises et des éléments sanitaires. L’encollage se fait à la spatule crantée (denture adaptée au format des carreaux, par exemple 6×6 ou 8×8 pour une faïence murale), en veillant à ne pas dépasser le temps ouvert de la colle. Pour les formats moyens à grands, un double encollage (support + dos du carreau) est recommandé afin d’assurer un taux de contact suffisant et éviter les sons creux.

On pose ensuite les carreaux en les écrasant légèrement dans la colle, avec des mouvements de va-et-vient pour chasser l’air. Des croisillons ou systèmes de nivellement peuvent être utilisés pour garantir la régularité des joints et la planéité d’ensemble. Les coupes se réalisent à la carrelette ou à la meuleuse avec disque diamant, en respectant les jeux nécessaires autour des équipements (prises, robinetteries, encadrements). Après séchage complet du mortier-colle (24 à 48 h selon les produits), vient enfin l’étape du jointoiement avec un mortier-joint adapté à la largeur de joint et, en zone humide, hydrofuge ou époxy si nécessaire.

Pathologies courantes liées à l’utilisation inadaptée du MAP

Lorsque le MAP est utilisé en dehors de son domaine d’emploi, notamment comme « colle à carrelage », on retrouve toujours les mêmes types de désordres au bout de quelques mois ou années. Le premier signe d’alerte est souvent le son creux : en tapotant sur les carreaux avec le manche d’un tournevis ou un maillet, certains résonnent différemment, signe que le mortier n’adhère plus correctement au support. Viennent ensuite les microfissures dans les joints, les carreaux qui bougent légèrement sous la pression, puis, dans les cas les plus avancés, le décollement brutal d’une ou plusieurs plaques de carrelage.

Ces pathologies sont accentuées dès que l’on ajoute de l’eau dans l’équation : douche quotidienne, projections d’eau au-dessus d’un évier, condensation derrière des meubles de cuisine, infiltrations liées à un joint silicone défaillant, etc. Le MAP se gorge d’humidité, se fragilise, se délite, et perd progressivement son rôle de liant entre le support et le carrelage. On observe parfois des auréoles, des taches sombres ou des zones de moisissures au niveau des joints, témoignant de cette migration d’eau à travers le complexe.

Dans une cuisine ou une salle de bains rénovée à l’économie, coller du carrelage mural sur placo ou sur un ancien carrelage avec du MAP peut ainsi sembler « tenir » les premiers temps, puis se transformer en chantier de reprise coûteux quelques années plus tard. La réparation partielle est souvent illusoire : si quelques carreaux sont décollés, il est fréquent que l’ensemble du revêtement soit en réalité fragilisé. La solution pérenne consiste alors à déposer le carrelage, traiter ou remplacer le support si nécessaire, puis reposer un nouveau revêtement avec un mortier-colle adapté et un système d’étanchéité conforme aux normes.

On le voit, les pathologies liées au MAP inadapté ne relèvent pas du détail esthétique, mais de la structure même du revêtement. Pour les éviter, la meilleure approche reste préventive : réserver le mortier adhésif plâtre à son usage d’origine et choisir, pour le carrelage, une colle certifiée C1, C2, S1 ou S2 selon les contraintes du chantier. Cette discipline technique, loin d’être un luxe, est la clé d’un carrelage durable, sûr et conforme aux règles de l’art.